Île de Fogo

 


Fogo (du mot portugais pour "feu") est une île située au nord de Terre-Neuve. Elle fait environ 25 km de longueur pour 14 km de largeur et une superficie de 237 km2L'île fut dénommée ainsi par les marins-pêcheurs portugais qui sillonnaient la région lors des campagnes de pêche à la morue dès le Moyen Âge. Jusqu’en 1783, l’île faisait partie du French Shore et les anglais et les irlandais ne pouvaient s’y établirent. Plusieurs centaines d’années avant l’arrivée des européens, les Béothuks fréquentaient l’île de Fogo pour chasser le phoque et pêcher le saumon.




À Farewell, on prend le traversier qui nous emmènera jusqu’à Fogo, avec un petit arrêt à Change Island. Il fait un temps magnifique, les eaux bleues s’ouvrent devant la proue du navire. À droite et à gauche, des îles plus petites, affleurantes, inhabitées. Puis au loin se dessine les côtes de Fogo, de la roche à nue, de la roche tapissée d’arbustes bas, de la roche ancienne, très ancienne. Au départ, Fogo n’était qu’une destination parmi plusieurs à Terre-Neuve mais dès que l’on quitta le traversier et que l’on traversa l’île pour se rendre au petit village de Fogo, on se rendit compte que l’on pénétrait dans un monde insulaire unique, qui allait laisser ses traces sur nous.

Peu de forêts, mais plutôt de vastes étendues de granit et de grès dénudées formant des collines basses et arrondies entre lesquelles des tourbières et de petits étangs se sont formés au fil des millénaires. Le point le plus élevé de l’île culmine à 114 m d’altitude, autant dire que l’île est à fleur d’eau. Rien ne s’élève très haut ici, surtout pas la végétation.


Ce qui accroche le regard aussi, ce sont ces maisonnettes de bois typiques de Terre-Neuve, souvent plus hautes que larges, construites près du rivage, parfois sur pilotis, peintes aux couleurs vives. On les nomme Saltbox Houses. On les voyait ailleurs dans d’autres villages de l’île mais ici, elles sont nombreuses et très bien restaurées.



Source : homeandcabin.ca

En ce début d’août, la symphonie florale joue ses dernières mesures, l’une après l’autre les fleurs  musiciennes déposent leurs pétales, leur couleur et leur fragrance, rangent leur partition. Une nouvelle ode emplit les paysages, l’ode multicolore des fruits et des fructifications. Les sentiers rocailleux de l’île forment une grande salle de spectacle… imaginez, une salle visio-symphonique avec en toile de fond le littoral multiforme de rochers et le rugissement de la mer. Nous sommes ici pour assister à ce spectacle, nous prenons donc la poudre d’escampette pour les sentiers de randonnée!

Sentier Lion’s Den 

Ce sentier de 7 km fait une boucle au bout d’un cap où vécurent jadis des familles de pêcheurs d’origine irlandaise réparties dans quatre petits hameaux côtiers. Le sentier emprunte l’ancienne trail qui reliait ces hameaux à l’époque. Toujours émouvant de fouler le sol (la roche!) où leurs maisons s’élevaient audacieusement et d’apprendre sur le vécu de ces communautés qui s’y sont établies au début des années 1800. Lorsque l’on s’arrête et que l’on fixe du regard ces lieux, on pourrait presque entendre le cri des pêcheurs débarquant leurs prises de la nuit, ou encore les voix des femmes rappelant à la maison les enfants qui courent dans les prés salins, on bien le bêlement des moutons broutant l’herbe menue à flanc de pente. Fallait être fait fort comme on dit!















L’île de Fogo est particulière à plusieurs égards, la beauté rugueuse des lieux, l’hospitalité sans limite de ses gens et la précarité de leur insularité. En effet, dans les années 50, le gouvernement de l’époque voulait fermer l’île et relocaliser les communautés existantes. La population s’est fortement opposée à ce projet et a mis sur pied diverses stratégies et un modèle coopératif pour les pêcheurs afin de contrecarrer ce projet. Les habitants ont gagné cette bataille mais ont constamment au bout de leur nez cette implacable réalité d’une économie mondialisée qui laisse peu de place à ces économies locales. Le tourisme est venu un peu combler les manques mais, on sent très bien, et on entend, que le combat de leur survie est quotidien. 

Sentier Great Auk







Haïku de Sushi
On Fogo Island
Salt box houses seduced me
Unique yet fragile

Le Long Studio, un espace pour des artistes en résidence sur le sentier

Un peu plus loin sur le sentier, on peut y voir un bâtiment contemporain en bois planté sur le roc et faisant face à la mer. Scène à la fois inusitée et intrigante. Ce bâtiment a été construit en 2010 par la Fondation Shorefast, un organisme à but non lucratif qui a pour mission d’aider à consolider la résilience économique et culturelle de l’île Fogo. L’organisme a été fondé par Mme Zita Cobb et ses deux frères, tous nés sur l’île. Shorefast a aussi construit un hôtel haut de gamme sur l’île dans le village de Joe-Batt’s Arm. Tous les profits sont versés à la fondation qui les réinvestit dans de nombreux projets et initiatives. En 2016, Zita a reçu l’Ordre du Canada pour son implication sociale et économique sur l’île de Fogo.






Poursuivant notre randonnée, on peut admirer de magnifiques formations de granit arrondies par l’usure des âges géologiques ainsi que de nombreux rorquals à bosses qui s’amusaient en frappant à répétition la queue dans l’eau. Un ballet aquatique.










Et puis… et puis… autre petite randonnée à Tilting, petit village de pêcheurs classé site historique national en raison de son architecture traditionnelle très bien conservée. Un beau petit village où les irlandais se sont installés au fil des siècles et ont prospéré. Les traditions ont survécu, on peut encore y voir des potagers entourés de clôtures de perches afin de les protéger des moutons. L’organisation spatiale des plus vieilles maisons et des espaces communs dans le village est également un héritage de la culture irlandaise.











Le Fogo Island Inn, imaginé et construit par la Fondation Shorefast. Encore ici, un bâtiment original tout fait de bois qui semble avoir été déposé par une soucoupe volante venue d’une autre planète… mais plus on l’observe et plus il se fond avec le panorama, plus on se dit wow quel génie d’architecture!






Et puis vient le moment où on doit quitter un lieu qui nous a particulièrement charmé… il est très tôt le matin 5h40, on veut prendre le premier traversier à 7h00… on a 30 minutes de route à faire avant d’arriver au quai… on arrive à 6h30… une longue file d’attente nous attend… et puis, rien ne bouge et il est 7h00… aux nouvelles, la génératrice d’urgence est en panne… nous réussissons à embarquer dans le second traversier à midi. Au revoir Fogo, merci pour tout!








Commentaires

  1. I'm so happy you were able to get to Fogo. It looks dreamy!

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  2. Je crois reconnaître la camarine noire (sur la photo de la plante aux petits fruits noirs).
    Fogo Island semble très spécial! Ça sent l’Irlande, même en images (description aidant 😉)! Les 🏠 sont très typiques de ces lieux maritimes. Mais Seigneur que la végétation est basse!!! Une autre belle découverte. Au plaisir de vous lire à nouveau!

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    1. Et que dire du superbe pingouin gigantesque! Il est plus grand que nature et ne passe certainement pas inaperçu 😉!

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  3. Eh que les photos sont belles, ayant su capturer la grandiosité dans les détails, les couleurs, etc.! C'est d'adon, en écoutant Loreena McKennith. le lire un bout d'histoire des habitants d'origine à Fogo Island, entre autres, irlandais! De TOUTE BEAUTÉ tout ça! À +!

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  4. Oh wow, suis envoûtée par Fogo Island. Quelle architecture ! Haîku Sushi en anglais, umm....Osio xxx

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