Les cicatrices sont encore fraîches et les défis sont au quotidien pour les résidents. Même si la reconstruction bat son plein et que les chantiers de construction sont partout, près de 800 résidents et travailleurs demeurent toujours dans des logements temporaires aménagés à divers endroits dans la ville. On a parlé avec quelques résidents et le moral est bon, la vie reprend son cours petit à petit et les touristes sont au rendez-vous. Un chose est sûre… il n’y aura pas d’autre incendie majeur à Jasper avant longtemps… il n’y a plus rien à brûler!
Jasper… c’est aussi le début de nos premières randonnées en montagne après 8 jours à bringuebaler sur la route! Notre choix s’est porté sur le sentier Bald Hills qui part du lac Maligne. Pour y accéder, on doit quitter Jasper vers l’Est sur la Route 16 et prendre la route du Lac Maligne sur plus de 45 km.
Une fois engagé sur la route du Lac Maligne, tout ralentit et pas seulement la vitesse. On quitte l’effervescence de Jasper et on pénètre dans un immense brûlis qui s’étend à perte de vue sur des collines ondulantes. Disparus pour longtemps ces panoramas sublimes de forêts de sapin Douglas et de pin Lodgepole. Aujourd’hui, le paysage est presque monochrome, le tapis vert de plantes basses et de jeunes peupliers est la seule touche de lumière dans ce décor. Et il y a ce silence étourdissant aussi, imposé par ce changement brutal de l’écosystème. Une certaine paix émane néanmoins de ce paysage extrême et un sentiment de confiance envers la Nature.
La route serpente dans le fond de la vallée qui est flanquée à l’est par une crête de hautes montagnes qui nous regardent passer. Et après un virage, surgit le sublime Lac Medicine éclairé au petit matin par un artiste de la lumière tout à fait ingénieux.
Une fois arrivés au stationnement du Lac Maligne, on amorce la randonnée sur le sentier de Bald Hills. Une ascension soutenue dès le début qui nous permet rapidement d’apprécier les magnifiques panoramas. Mais le coup de cœur nous attend au sommet! Entretemps, la neige ralentit un peu notre progression…
Plus on avance, plus le sentier se couvre de neige. L’air est frais, les effluves humides et sucrées des résineux que l’on humait plus bas s’estompent peu à peu. Ça commence drôlement à sentir l’hiver…
Après un moment, on perd complètement le sentier de gravier, la neige nous encercle et nous laisse à peine une petite trail de vache pilotée par des randonneurs téméraires… nous hésitons puis nous décidons de poursuivre jusqu’à-on-verra…
L’horizon se démesure devant nos yeux contemplatifs, le ciel bleu s’invite et déchire cette chape blanche qui nous suivait depuis le début de la randonnée. C’est ici que l’on s’arrête, c’est ici que nous mangerons notre lunch conquis par cet autre moment d’altitude. Un autre coup de cœur.
Maintenant que le soleil est sérieusement de la partie, la descente nous offre plusieurs clins d’œil estomaquants.
Petite pause bien méritée sur le quai du Lac Maligne. Bilan de la journée : 11 km et 534 mètres de dénivelé… sans s’en douter, on a placé la barre haute pour une première montée!
On quitte Jasper et on file vers l’ouest sur la Yellowhead Highway qui se faufile entre les géants aux sommets blancs. Le Highway tient son nom de Tête Jaune, surnom de Pierre Bostonais (mort en 1827), un guide, trappeur et explorateur métis Iroquois qui a vécu aux XVIIe et XIXe siècles dans l'ouest du Canada. Son nom « Tête Jaune » lui a été attribué en référence à sa chevelure blonde. Il est notamment connu pour avoir mené en 1819 des négociants de fourrure de la compagnie de la Baie d'Hudson à travers les montagnes Rocheuses canadiennes.
Le fleuve Fraser est en bas dans le fond de la vallée encore tout petit, étroit mais tumultueux avec ses eaux vert jade. Il ne sait pas encore qu’il deviendra, au gré de ses 1370 km, le plus grand fleuve de la Colombie-Britannique et qu’il déversera ses eaux dans le Pacifique.
Parc provincial du Mont Robson
Le ciel est bas, la pluie s’en mêle par moment, difficile d’apprécier les montagnes qui sont enfouies dans les nuages. La météo est incertaine et capricieuse, nous laissant toujours dans le doute surtout quand on planifie nos journées de randonnée. Nous entrons dans le parc provincial du mont Robson. Bon… on verra demain matin si Zeus sera bienveillant et nous permettra de faire la randonnée qui est au menu…
Le lendemain matin, Assemblée générale des occupants de la Thortuga à savoir si on part ou si on reporte au lendemain la randonnée. Sushi consulte avec circonspection les auspices de la forêt… elle tranche… c’est aujourd’hui que ça se passe!
Départ à 9:35 du stationnement du sentier du Lac Berg avec projet de se rendre jusqu’au Lac Kinney.
Pour d’autres VR, certains doivent rester derrière pour garder le Winnebago…
Dès les premiers 100 mètres, nous sommes enveloppés par d’épaisses forêts de sapin Douglas et surtout de cèdre de l’Ouest et par le son incessant de la rivière Robson qui cascade en furie pour aller gonfler le fleuve Fraser.
Nous sommes encore peu nombreux sur le sentier. Ça hume l’odeur souple des résineux, les fleurs printanières et la sérénité. Le sous-bois est moussu et humide. Les gigantesques troncs des cèdres forment les colonnes de ce temple naturel. Nous cheminons bien humblement sous cette architecture de titans nullement pressés.
Par moment, le rugissement de la rivière se fait plus fort. Une fenêtre s’ouvre dans ce rideau brun vert d’arbres, on peut s’approcher de la rivière.
Trouver le rythme, entrer tout doucement dans la vibration de cet univers à la fois immobile et propulsé. À mettre, comme ça, un pas devant l’autre, on arrive à destination et on se dit que l’on aurait dû aller moins vite! Nous y voilà, le lac Kinney dans toute sa splendeur matinale avec sa coiffure ébouriffée de nuages, silencieux, complètement plat tel un miroir magique.
Ce qui était déjà surnaturel a pris des allures de visions psychédéliques au fur et à mesure que nous longions le lac jusqu’à sa tête. Nous avons viré vers le nord en contournant le lac et la couleur de l’eau nous est apparue dans toute sa beauté. Ahhhh… ce bleu couleur Mister Freeze!
Bilan de la journée : 17,5 km et 268 mètres de dénivelé.






























































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