Des cimes enneigées jusqu’à cette mer bleue indigo



Nous quittons les Rocheuses vers le sud ouest. La fraîcheur humide des montagnes laisse la place à la chaleur confortable des vallées qui se succèdent au fur et à mesure que nous parcourons les kilomètres qui nous rapprochent de Kamloops. Curieusement, après avoir passé une semaine dans les montagnes, on re-découvre un univers qui nous est plutôt familier… champs, pâturages, fermes, paysages horizontaux. Comme si on arrivait d’une autre planète! Des constellations d’épervières jaunes, comme deux petites voies lactées, défilent et se succèdent de chaque côté de la route.

Et puis, kilomètre après kilomètre, le paysage s’assèche sous nos yeux comme si la terre avait aspiré toute l’eau disponible pour n’en faire que des rivières puissantes. Les forêts deviennent de plus en plus clairsemées, l’aridité de l’air et des sols ne sont plus favorables aux grands arbres des Rocheuses. Ici, ils se disputent une crevasse humide, une source affleurante, un versant nord et sa fraîcheur.

Au loin le lac Kamloops, une vaste étendue bleue enserrée dans une prairie d’arbustes crochus et d’herbacées élancées. Rien ici ne peut rivaliser avec les vents asséchants et ce soleil omniprésent. Nul part pour se cacher. La brise sent le désert, la lumière généreuse éblouit nos yeux. Nous dormirons ce soir à Savona, sur les rives du lac Kamloops, à l’ombre de trois peupliers de l’ouest gringalets. Savona, quel beau nom mystérieux pour ce petit village perdu.







En route le lendemain en direction de Whistler. Nous traversons cette zone aride du centre de la province coincée entre la chaîne côtière de montagnes et les Rocheuses. Aucune forêt dense et luxuriante en vue! Il faut du temps et du temps et beaucoup d’imagination pour se dire que, ce soir, nous retrouverons les grands sapin Douglas et les cèdres rouges de l’ouest, que les immenses prairies semi-désertiques n’étaient finalement qu’un transit initiatique. Le trajet nous propose de quoi méditer sur cette formidable diversité naturelle qui se côtoie et qui s’entrelace.

Le fleuve Fraser près de Lillooet


Et puis au détour d’un virage, les cimes blanches et les forêts vertes et pointues réapparaissent à l’horizon pour nous souffler à l’oreille : « Vous ne faites que passer, nous sommes éternelles ».

Le lac Duffey



Le sentier de la chute Nairn près de Pemberton









Nous voilà arrivés à Whistler. Pour la plupart des humains sur cette planète, Whistler rime avec station touristique 4 saisons de calibre international. Et elle en a tous les airs, d’ailleurs, surtout depuis qu’elle a été l’hôtesse des Jeux Olympiques d’hiver en 2010! Pour moi, c’est avant tout un lieu mythique d’anthologie personnelle qui m’a profondément façonné il y a de cela 46 ans. Pour les curieux, je vous inviterais à lire le post (cliquez ici!que j’ai publié en 2023 lorsque nous avons fait notre grand Road trip et que nous nous sommes arrêtés à Whistler.

C’est toujours un plaisir de retrouver cette jolie chaîne de montagnes que l’on peut admirer du meilleur point de vue dans la vallée… c’est-à-dire de la rive ouest du lac Alta… sur le quai de l’ancienne auberge de jeunesse de Whistler.



Ballade en vélo et baignade au Lost Lake


Pinceau indien
Castilleja angustifolia

Randonnée sur les sentiers Crater Rim et Farside

Nous partons tôt le matin, car il fera chaud aujourd’hui et voulons profiter de la fraîcheur du matin. L’ascension débute rapidement avec des montées en lacet. Rapidement, la forêt change d’allure, les sols sont minces et secs, les grands sapins Douglas ont laissé la place à des arbres trapus. On voit loin sous la canopée, les sphaignes jaunâtres recouvrent le sol. Les branches des arbres sont drapés de ces longs cheveux de lichen. L’air est encore frais, ça sent encore la forêt qui s’éveille.




Un peu plus avant, la forêt se métamorphose à nouveau retrouvant son envergure verticale et ses majestueux troncs qui s’élancent vers le ciel. Nous croisons un petit lac formé dans un ancien cratère, l’eau est cristalline, invitante, hypnotique.



Ici, c’est encore le printemps et les plantes des sous-bois n’ont guère fini de nous éblouir avec leur floraison artistique. En l’espace de quelques semaines, elles transformeront le parterre forestier en lui infusant une palette de couleurs et de formes inimaginables.

Corallorhize de l’Ouest
Corallorhiza mertensiana

Coeur-saignant sauvage
Décentra formosa 

Monotrope sucepin
Monotropa hypopitys

Dans notre descente, nous rejoignons la rivière Cheakamus qui se déchaîne éperdument entre les falaises abruptes. L’embrun de l’eau qui s’élève de la rivière se dissipe dans la forêt, les arbres en font bon usage et redeviennent mastodontes tranquilles.







Haïku de Sushi
Three lovely sounds
Whispering through the forest
Respect, share, enjoy



De Whistler, nous nous rendons à Horseshoe Bay pour prendre le traversier qui nous emmènera à l’île de Vancouver. Quel vent à écorner des wapitis! La mer est hérissée de moutons blancs. Le détroit de Géorgie semble infranchissable.


Campbell River

Ah… retrouver enfin l’océan Pacifique, son immensité horizontale, ses abysses insondables et invisibles, ses multiples faciès, ses humeurs de brume, ses embruns d’algues salés.

Premier arrêt, Campbell River, située à 270 kilomètres au nord de Victoria. Campbell River est une petite ville coquette et dynamique adossée à la mer. Longtemps dépendante des pêcheries, de la forêt et des mines, elle supporte aujourd’hui une économie plus diversifiée (aquaculture, tourisme, nouvelles technologies).

Environ 12% de la population sont des autochtones faisant partie des nations Salishes de la côte. Il s'agit d'un vaste groupe de Premières Nations partageant des langues, des cultures et des territoires connexes le long du littoral du Pacifique, dans le nord-ouest du Pacifique (Colombie-Britannique et nord-ouest des États-Unis). Historiquement et aujourd'hui encore, ils sont reconnus pour leur art distinctif (sculptures sur bois, totems), leur tradition de pêche au saumon, l'art du tissage et la construction de grandes maisons en planches de cèdre. Partout dans la ville, on peut admirer les magnifiques sculptures de bois monumentales qui enjolivent les espaces verts et qui exposent la créativité et la spiritualité de ces communautés toujours très vibrantes ici. Aussi, les influences entre les communautés autochtones et non autochtones sont nombreuses, notamment au niveau de la sculpture sur bois.





Nous partons en vélo à la découverte de cette ville! Ça tombe bien… la ville a aménagé le long du littoral un long parc linéaire accessible aux vélos! Il fait un soleil radieux mais le vent n’est pas tombé et nous décoiffe solidement!

Haïku de Sushi
Un printemps tardif
Le vent ondulant les foins
Fouettant la peau nue

Au loin, la multitude d’îles minuscules, petites et grandes qui s’éparpillent dans le détroit de Géorgie. Devant nous, sur le rivage, des tas disloqués de bois de grève qui semblent avoir été placés là par une main artistique. Un tableau infini qui ravit l’œil et qui fait du bien à humer.













Un jeune artiste local, Alex Whitcombe, créé des sculptures vraiment géniales à partir de bois de grève!









Ballade en vélo sur l’île Quadra

Nous partons au petit matin découvrir à vélo l’île qui se trouve directement en face de Campbell River. On y accède par bateau, traversée 25 minutes sur les flots bleus du Pacifique. On adore prendre les traversiers! Quadra, comme de nombreuses îles habitées dans le détroit de Géorgie, possède sa propre personnalité, son rythme inébranlable. Une île qui nous a charmé par sa quiétude et la beauté de ses forêts et de son littoral. Sur une île, le temps devient insulaire et nous impose sa mesure.











Quelques photos inclassables…

















Commentaires

  1. C’est superbe! Merci de nous faire voyager dans ce magnifique coin de pays que je n’ai pas encore eu la chance de visiter. Ça me donne vraiment le goût en voyant cette belle végétation, la couleur de l’eau à Whistler et bien sûr les imposantes montagnes. Je prends des notes. 😉
    Claudia.

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  2. Gi-Pi, à deux pas du zoo !6/22/2026 8:42 PM

    Que de sites enchanteurs. Et tout ça,,, c'est notre beau et grand Canada. Vos récits, descriptions et les superbes photos qui les accompagnent nous donnent, à nous également, le goût de s'arrêter, un moment. Et pourquoi pas. Un luxe à prendre. Un instant à savourer. Après tout, même le bois "fait la grève" !
    Les sculptures de bois mort sont impressionnantes et géniales.
    Merci à vous deux.

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