Tsawaak - nous sommes tous 1!


Nous quittons les rives de Campbell River et de l’île de Quadra, destination Port McNeill, à 200 km plus au nord sur la route 19. C’est pratiquement le bout de la route qui mène dans la partie la plus nordique de l’île de Vancouver. On sent d’ailleurs cet éloignement qui grandit lorsque l’on parcourt ces kilomètres quasi vierges… les virages et les montagnes se succèdent, la haute forêt recouvre tout… sauf là où l’Homme opère son génie à couper du bois à flanc de montagne.

Nous quittons la route 19 pour prendre une fourche qui nous mène jusqu’à la mer, jusqu’au microscopique village de Sayward. Un petit arrêt pour s’étirer les jambes et observer l’unique activité économique du village, un site de triage de grumes de bois et de sciage. Et oui… les compagnies forestières ont encore le droit ici de faire flotter les troncs d’arbres entiers dans la mer formant de grands radeaux qu’ils tirent avec de petits bateaux jusqu’à des quais où ils seront halés de l’eau pour être sciés. 


Arrivés à Port McNeill! Installation au camping puis une douche s’impose… OMG… quand on voyage comme nous et que l’on utilise beaucoup les campings, il arrive que l’on tombe sur un bloc sanitaire un peu douteux… et c’est bien le cas ici au camping municipal de Broughton Strait! Sushi avait quelques appréhensions qui se sont avérées tout à fait justifiées. Cœur sensible, s’abstenir!

Nous décidons le lendemain de prendre le traversier pour aller visiter l’île Malcolm en vélo électrique. Le traversier part de Port McNeill et accoste, 25 minutes plus tard, au minuscule quai de Sointula.


L’histoire de ce petit village est tout à fait particulière ce qui lui confère son originalité et son charme. L’île est cédée en 1902 par le gouvernement canadien à un groupe de 127 émigrés finlandais qui avaient décidé de quitter leur emploi dans différentes communautés minières sur l’île de Vancouver. Ils avaient été réunis par Matti Kurikka, un homme d'affaires, journaliste, artiste et utopiste qui les avait convaincu de mettre en œuvre ses théories communistes; Matti Kurikka était contre les religions et pour l'amour libre.


La communauté s'établit sur l'île et l'appelle Sointula (« harmonie » en finnois). Le projet utopique de communauté communiste égalitaire prend forme. Bien avant le reste du pays, les femmes ont le droit de vote et bénéficient du même salaire que les hommes et les enfants sont élevés en commun.








Dans un premier temps, ils optent pour l’exploitation agricole et forestière, mais, sans expérience, le résultat est désastreux et au bout de quelques années, Kurikka quitte la tête de la communauté et part, accompagné de la moitié des colons. Ceux qui restent se tournent vers la pêche au saumon et forment une coopérative. Celle-ci assure leur prospérité jusqu’en 1996. Depuis, les nouvelles règles de pêche édictées par le Canada restreignent drastiquement les revenus des pêcheurs et plongent l'île dans une récession.


Plusieurs descendants de ces premiers colons finlandais vivent toujours sur l’île et se sont réorientés vers le tourisme et la villégiature. On y retrouve encore quelques jolis bâtiments en bois aux couleurs vibrantes datant des premières années de cette communauté utopique.


Premier arrêt… le joli petit restaurant en déclin de bois bleu Coho Joe Cafe, une institution ici sur l’île. C’est notre premier repas au restaurant depuis notre départ… on savoure le plaisir d’être servi et d’émerveiller nos papilles avec des goûts qui nous sortent de notre bon ordinaire… un bunwich au porc effiloché et salade de patates divines pour moi et 4 tacos de morue panée et salade verte pour Sushi… un vrai délice!





Une fois sustentés, nous louons des vélo électriques et partons à la découverte de l’île et surtout du parc régional Bere. Seules les rues du village sont asphaltées après ce ne sont que des routes de gravier assez cahoteuses. Mais en e-bike à gros pneus, y’en a pas d’problème.









Nous voulions aller au parc Bere pour (espérer!!!) y voir des orques réputés pour leur séance de frottement sur les galets de la grève. Les orques nettoient ainsi leur peau des parasites et autres organismes qui s’accrochent à leur corps. Évidemment, on n’a pas vu l’ombre d’un orque… ils offrent leur spectacle à la fin juillet, au début d’août. Voici ce que nous n’avons pas vu…

Ainsi s’achève notre brève incursion dans le nord de l’île de Vancouver. Nous virons le cap vers une autre partie de l’île, la région de Tofino et d’Ucluelet que nous avions brièvement visité en 2023 et beaucoup aimé.

Comme à l’habitude, lorsque nous avons de longues journées de route, nous partons aux aurores. L’air est frais, le soleil encore bas, les routes sont quasi désertes et la faune moins invisible. Nous sommes en mouvement, quelque part entre A et B, sur la même route 19 qui serpente entre les montagnes fraîchement réveillées. Les emprises de la route sont fleuries d’épervières orangées, de porcelles jaunes, d’épilobes roses, de genêts aux fleurs jaunes vifs et de digitales mauves. La route est comme un long corridor flanqué d’une haie d’honneur formée par ces grands sapins verts, touffus, fiers et solennels. Devant ce garde à vous incessants, on se sent humblement princiers, conviés à un banquet de géants, nous les lilliputiens.

Petit arrêt à Cathedral Grove, entre Nanaimo et Port Alberni. Deux courts sentiers en forêt nous transportent à travers les âges et nous gâtent avec ces arbres multicentenaires. Émotions, résilience, quiétude.


















Ça y est nous arrivons au parc national Pacific Rim, on commence à entrevoir l’océan Pacifique à travers ce rideau d’arbres qui crée un écran échevelé. Nous serons bientôt à Tofino. Destination mythique déjà il y a 60 ans pour les hippies, c’est aujourd’hui une petite ville qui carbure aux activités de plein air, au surf, aux excursions en bateau, aux randonnées, au vélo, à la farniente.

Au menu vélo, randonnées et plage!

Yaaqsis, qui veut dire longue plage ou Long Beach en anglais. Le site fait partie des terres ancestrales des Premières Nations Nuu-chah-nulth, spécifiquement de la Nation Tla-o-qui-aht qui l'utilise et le protège depuis des temps immémoriaux. Une plage de sable beige qui fait 16 kilomètres de long et qui envoûte tous les promeneurs qui s’y aventurent. Nous y avons passé la journée, d’abord en l’arpentant puis en plantant nos chaises pour bien profiter du soleil éclatant, de l’embrun qui nous rafraîchit, de cette longue sérénade de vagues, de cet horizon infini qui défie nos sens ainsi que nos certitudes.





Haïku de Sushi
Full sunshine today
Surfers rolling on the waves
California dream






Haïku de Sushi
Les algues séchées
Sur la plage humide
Se chauffent au soleil


Autre journée de découverte, cette fois-ci en vélo le long de la magnifique piste multiusage qui relie Tofino à Ucluelet. Nous avons parcouru 52 kilomètres à travers ces vieilles forêts tantôt humides et imposantes tantôt sèches et rabougries qui nous séparaient de l’océan. Lui, le grand Pacifique, toujours présent jamais loin, on entend sa rumeur entre les branches musclées de mousses, de lichens et d’épiphytes. Quel environnement forestier mystérieux et insondable, pour nous qui ne sommes pas des Premières Nations.

Petit arrêt à la plage Combers.









Le mot Tsawaak (dérivé de l'expression His-shuk-nish-tsa-waak) signifie « nous ne faisons qu'un » ou « nous sommes tous un ». Ce terme fondamental de la langue Tla-o-qui-aht illustre une interdépendance sacrée entre l'humanité, la nature et la terre. Il me semble impossible d’avoir le privilège de pouvoir marcher dans ces forêts ancestrales, d’observer les vagues du Pacifique déferler, d’humer à pleins poumons les fragrances humides, de sentir la main de Sushi dans la mienne et de ne pas penser au mot Tsawaak.










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