Le vent nous portera…



… et tout disparaîtra…

Derrière nous dans la distance immatérielle mais si réelle qui se creuse sans répit. Les kilomètres s’accumulent, rythmés par les arrêts pipi-essence-étirements-souper-dodo. L’excitation du début laisse place à une insondable sérénité qui se réveille et qui s’endort avec nous chaque journée qui passe. Ce voyage a été bon, inoubliable, tatoué!


Haïku de Sushi
Amants des sommets
S’en retournent dans la plaine
Douce tristesse

Les paysages plats des grandes prairies nous émeuvent toujours autant. On ne peut s’empêcher de méditer longuement aux temps jadis quand plusieurs dizaines de millions de bisons parcouraient comme des vagues brunâtres les immensités herbeuses et les régions boisées s'étendant du Mexique jusqu'au Canada.







Haïku de Sushi
Run buffalo run
In the grasslands where you roam
Run rolling thunder


Difficile aussi de ne pas imaginer la trentaine de nations autochtones (environ 750 000 personnes) qui dépendaient étroitement de la chasse au bison pour leur mode de vie avant l’arrivée des européens. Les plus connus incluent les Pieds-Noirs (Blackfoot), les Cris, les Lakotas (Sioux), les Cheyennes et les Assiniboines. Et tout a été anéanti en l’espace d’une quinzaine d’années… bisons… mode de vie… culture… populations… quelle spoliation irréparable et quelle tristesse infinie! 




Haïku de Sushi
Prairie infinie
Lin bleu et canola jaune
Chevelure au vent

Et la route défile comme un ruban noir que la Thortuga avale insatiablement. Troubadours transcontinentaux, nous sommes sur le retour de notre deuxième Road Trip à travers l’ouest canadien. Et vous savez quoi… nous nous sommes dits qu’il faut absolument que l’on revienne jusqu’en Colombie-Britannique… trop beau… trop d’émotions fortes… et chaque nouvelle traversée nous rapproche un peu plus de nos ancêtres coureurs des bois.

Les pieds de chaque côté de la ligne imaginaire qui sépare en deux le Canada sur toute sa longueur, au Manitoba, on se dit que l’on est bien chanceux de pouvoir arpenter un pays aussi vaste. Des côtes brumeuses, froides et atlantiques de Terre-Neuve jusqu’aux littoraux éparpillés de l’île de Vancouver où poussent les géants verts constamment arrosés d’une bruine pacifique. Oui, quel bonheur de mettre ensemble les morceaux de notre stupéfiant puzzle historique et de pouvoir les placer dans l’espace, là devant nos yeux.


Ça y est… nous traversons la frontière de l’Ontario au petit matin. Une autre journée chaude sur la route. La transcanadienne que l’on suit depuis la Colombie-Britannique et qui portait le numéro 1 devient la 17 en Ontario… surnommée l’interminable route 17 (lien vers le post portant sur cette route publié lors du Road Trip 2023) ! Et avec raison, puisqu’à elle seule, elle représente 25% de la longueur totale de la transcanadienne qui fait 7821 kilomètres. Difficile de rester insensible devant une telle traversée, on aime ou on aime pas! Mais quoiqu’il en soit, c’est un passage oublié pour tous ceux et celles qui veulent se rendre dans l’Ouest par la route.


Tel des pigments de peinture rose-mauve appliqués par un artiste, les massifs d’épilobes transforment le bord de la route en canevas impressionniste. L’épilobe, notre loyale compagne de voyage, peu importe la latitude, peu importe la destination. Merci encore.


Le splendide pont à haubans qui surplombe la rivière Nipigon. Nipigon vient d'un mot ojibwé qui signifie « eaux continues »« eau claire » ou « les eaux qui s'étendent au-delà de l'horizon »

Et notre premier pin blanc, détrônant les autres conifères sous lui, dominant la canopée comme le roi des forêts de l’est du Canada. On l’avait un peu oublié pendant quelques semaines… partis voir ses cousins dans les Rocheuses et sur la côte du Pacifique. En fait, en le croisant sur la route, nous l’avons gracieusement salué et admiré mais avons gardé pour nous nos fascinantes rencontres avec ses géants cousins… car les pins blancs peuvent être très irritables.


La petite ville de Wawa et son emblématique oie sauvage qui fait plus de 8 mètres de haut et qui accueille tous les voyageurs qui quitte la route 17 et prenne la route menant au centre de la ville. 

Venant de l’ouest, traverser le nord-ouest de l’Ontario c’est aussi quitter les prairies et entrer sur le très ancien bouclier canadien qui date de 2,5 milliards d’années. Il y a environ 1 milliard d'années, une immense chaîne de montagnes (le Grenville) s’était dressée, aussi haute que l'Himalaya. Puis, la pluie, le vent et la glace ont usé ces hautes montagnes au fil des millions d'années pour laisser des roches dures à nu. Lors de la dernière période froide, de grands glaciers ont creusé le sol. L'eau de la fonte a rempli les trous pour créer des milliers de lacs. Et le nord-ouest ontarien offre plein d’occasion d’admirer ces formations rocheuses!

La route 17 se faufile à travers le roc affleurant. Il semble poussé sous la forêt, on dirait qu’il veut sortir de terre et redevenir une montagne. L’emprise de la route révèle des flancs de roches aux différentes teintes de rose, de rubis, de jaune. Les immenses blocs de granit qui se sont détachés et qui jonchent le sol sont équarris, l’empreinte du temps sur eux est invisible, ils ont l’air d’attendre quelqu’un qui en fera un splendide château.


Whitefish Bay et le lac Supérieur au loin

Île Manitoulin
L’île Manitoulin est 
la plus grande île lacustre du monde. Elle est délimitée au sud par la majeure partie du lac Huron, à l'est par la baie Géorgienne et au nord par le chenal nord. Elle mesure environ 120 km de long sur 50 km de large à son maximum. Manitoulin signifie « île aux esprits » en ojibwé. L'île était un lieu sacré pour les populations autochtones anishinaabe (OjibwésOutaouais et Potawatomis). Le chenal nord faisait partie du trajet utilisé par les coureurs des bois pour rejoindre le lac Supérieur.

Source : Wikipedia

La marina de Little Current




Chute Bridal Veil


Plage de Providence Bay

Ainsi se termine notre croisade transcanadienne 2026, sur les rives du lac Huron, les quatre pieds dans le sable blond de la plage de Providence Bay. Le soleil inonde le paysage, ça sent l’été des vacances d'autrefois quand on était gosse. La journée est paresseuse sans projet autre que d’être au bord de l’eau. L’eau est froide mais on s’en fout… l’été est trop court pour se priver d’une baignade dans un lac cristallin.




Lorsque l’on regarde au loin, on ne voit rien d’autre qu’une mince ligne qui démarque la surface de la mer, du ciel. Parce qu’il s’agit bien d’une mer intérieure, aussi vaste que la Croatie en superficie. Elle impose le respect comme ses frères d’eau, les lacs Supérieur, Michigan, Érié, Ontario.


Témoins et acteurs d’une formidable histoire qui remonte au temps jadis lorsque les peuples autochtones habitaient et utilisaient les Grands Lacs pour le commerce et les déplacements continentaux. Les européens, quant à eux, ont parcouru en canot les voies d'eau principales pour y faire la traite des fourrures, activité qui a fondé l'économie de la Nouvelle-France et structurer le développement de toute l’Amérique du Nord. La région est devenue un enjeu de rivalité entre les puissances françaises et britanniques, puis un moteur de l'industrialisation canadienne.

À fixer longtemps cette mer, remontent à la surface de notre mémoire les innombrables récits, les capitaines et découvreurs français, les grands chefs autochtones, les intrépides coureurs des bois, les canots surdimensionnés, les ballots de fourrure, les batailles célèbres, les infatigables missionnaires, les nombreux postes de traite ainsi que les remarquables oubliés de l’histoire qui ont contribué à faire l’Amérique.

Je l’ai souvent dit et écrit « nous sommes privilégiés ». Aujourd’hui, au crépuscule de nos pérégrinations qui s’achèvent, Sushi et moi en sommes profondément convaincus.

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Badineries en pièce détachée







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Le vent nous portera - Sublime version de Sophie Hunger 


Commentaires

  1. Merci Anne et Pierre pour ces bijoux de post! Nous on pars pour l’Abitibi le jour de ton anniversaire 1 août. Au plaisir de se revoir. Bisous 😘

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  2. Sublime, forcément sublime ( n’est-ce pas Mme M Duras ). Mais on veut pas que ça s’arrête. Donc on veut la suite. Et je suggère une fin d’été dans l’Outaouais ( avant le prochain départ )
    Grosses bises à vous deux ❤️

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  3. Moi, toujours fidèlement admirative, haikus et superbe narration! Bon retour ici et a bientôt ... A Ste Anne de Bellevue! 🥰

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  4. Yes, thank you for these BEAUTIFUL words and pictures that take us to places we've never seen or that we've not experienced in the way that you both have. It's been a wonderful journey to share. May your memories always sustain you. Sweet sadness indeed.

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  5. Gi-Pi, à deux pas du zoo !7/30/2026 9:23 PM

    Superbes vos premières photos qui montrent de splendides cieux dans lesquels des anges se seraient amusés à tresser et nouer les nuages en un macramé céleste. Sur votre retour, alors que vous vous déposez graduellement et atterrissez en douceur, on saisit alors la profondeur et la sincérité de toute cette gratitude exprimée. Je me pose cependant une question : la Transcanadienne, "quoiqu’il en soit, est-elle vraiment un passage oublié (???) pour tous ceux et celles qui veulent se rendre dans l’Ouest par la route" ? Seul l'auteur saura nous expliquer le sens réel de cette phrase. On vous souhaite la bienvenue chez vous.

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