Non… ceci n’est pas une feuille



Nous quittons la côte du Pacifique. Nous laissons derrière tant de beauté… l’horizon bleu et frisé de blanc de l’océan, la douceur cristalline de l’eau sur nos pieds et son parfum marinier, les plages de sable blond et les grèves de galets jonchées de driftwood entrelacé comme des amoureux, et puis ce mur vert de conifères qui s’élève et qui prend ses atours de forêt pluviale. 



Et aussi, ces nombreux traversiers sur lesquels nous avons caboté sur les mers intérieures! Oui, cette fois-ci, nous prenons définitivement le large vers l’intérieur du pays, nous redevenons des vagabonds transcontinentaux, éperdus de liberté et de kilomètres merveilleusement paysagés.

Prochaine destination : Osoyoos, une petite ville située complètement au sud de la vallée de l’Okanagan, à 5 km de la frontière américaine. Dans la langue de la Nation Syilx Okanagan, Osoyoos veut dire « rétrécissement des eaux »…. très semblable au toponyme Québec qui origine du mot Kébec qui signifie « là où le fleuve se rétrécit » ou « passage étroit » en algonquin. Intéressant, n’est-ce pas?


Nos amis David et Liz y possèdent une petite fermette style ranch (le point bleu sur la carte Google Maps plus haut) que nous connaissons bien puisque nous nous sommes arrêtés lors de notre Road Trip en 2023 (lien vers le post de ce passage dans la vallée de l’Okanagan et à Osoyoos… c’était en plein milieu des immenses feux de forêt qui dévastaient la province). C’est la dernière fois que nous nous étions rencontrés. Cet arrêt est donc une rare occasion de retrouvailles!

Quelques jours avant notre arrivée, nous apprenons que la mère de David a dû être hospitalisée d’urgence pour des ennuis de santé faisant en sorte qu’ils ne pourront pas nous accueillir. La situation exige que David soit près de sa maman. Dans leur grande générosité, ils nous proposent de venir à la ferme même s’ils n’y seront pas. Nous sommes doublement attristés, dans un premier temps pour la mère de David et l’incertitude que tous les membres de la famille vivent en ce moment mais également du fait de ne pas être en mesure de passer du temps avec nos amis. Comme disait la mère de Forrest Gump : « La vie est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais ce que l’on va avoir. »

Nous arrivons donc le cœur et l’âme un peu lourds dans cet environnement totalement aux antipodes de celui que nous avions quitté aux aurores ce matin même, Sechelt et la Sunshine Coast. Nous avons atterri dans la région la plus aride du Canada. Dominée par le désert de l'Okanagan, près d'Osoyoos, la région se caractérise par une aridité unique au Canada. Protégée des précipitations par les montagnes, la région est l'une des plus chaudes et ensoleillées du pays. Elle abrite le seul écosystème arbustif semi-aride du Canada. Le fond de la vallée est entouré de collines et de forêts de pins ponderosas dans les zones plus élevées. Un couvert arbustif épars se mélange aux plantes herbacées qui réussissent à survivre ici.

La vallée de l’Okanagan a été longtemps reconnue pour ses cultures fruitières établies dans le fond de la vallée et sur les bas coteaux. Mais le virage massif et moderne des cultures fruitières vers la viticulture de qualité supérieure dans la vallée de l'Okanagan a débuté à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ce n’est plus la vallée fruitière, peuplée de nombreuses petites exploitations familiales, que j’ai découverte en 1975 (j’avais 14 ans!). Je m’y étais rendu sur le pouce avec mon meilleur copain de la polyvalente de Berthierville. Nous avions comme projet d’y cueillir des fruits pour l’été… malheureusement nous sommes arrivés trop tôt en saison… et il y avait très peu d’emploi disponible! Nous sommes donc retournés sur le pouce jusqu’à Calgary et  avons ensuite pris le train jusqu’à Montréal… Quelle aventure!

Aujourd’hui, les vins de la région sont primés mondialement et l’hectare de terre vaut son pesant d’or! De nombreux vignobles produisent d’excellents vins, dont le Grand vin d’Osoyoos Larose.

Ça nous fait drôle d’être arrêtés ainsi dans notre longue quête… sans montagne à gravir ou encore de pistes de vélo à parcourir… il fait trop chaud de toute façon. Immobile, sans projet autre que de profiter de la piscine, lire (enfin, du temps pour lire!!!), cuisiner, boire du vin, se laisser envoûter par cette ambiance western spaghetti, méditer sur la vie, observer le cycle journalier de la nature qui s'éveille tout en fraîcheur, qui tranquillement s’échauffe pour devenir torride et qui tardivement se met à perdre des degrés juste à temps pour que les étoiles prennent le relais et nous fantasmagorifient. Et de pouvoir faire tout ça dans cette hacienda si chaleureuse et magnifiquement aménagée. Mon ami David est artiste peintre et Liz possède un talent fou pour la décoration intérieure. C’est une vraie gâterie pour nous, vagabonds hirsutes et encapsulés, de pouvoir changer de beat pour quelques jours.












Haïku de Sushi
L’énergie du lieu
Captive notre attention
Le tic tac s’arrête


Rêveries (ininterrompues) d’un vagabond

À propos de l’amitié véritable. Cette gastronomie de l’âme et du cœur que l’on concocte avec passion et grand soin pour les moments importants et les petits instants. Cette amitié nous réunit sans façon, attablés autour d’une vie construite par des échanges de mots, d’idées, de sourires, de couleurs, de textures, d’émotions et d’événements. Nous en passons du temps dans la cuisine de l’amitié, à nos fourneaux et à nos plans de travail, à créer ces extraordinaires recettes d’amour que l’on partagera sans compter. L’amitié véritable n’a peur ni du temps ni des kilomètres.





À propos de Spotted Lake. Spotted Lake (kɬlil̕xʷ) est un lieu sacré pour plusieurs Premières Nations qui y tenaient des rites ancestraux depuis des temps immémoriaux. Comment ne pas être ému sachant que pendant des siècles les membres de la Nation Syilx Okanagan ont fréquenté les abords désertiques et les berges verdoyantes du lac pour y pratiquer des cérémonies spirituelles et utiliser les eaux et boues minérales du lac pour soigner des maux physiques et spirituels. Historiquement, diverses tribus des Premières Nations se rendaient également à kɬlil̕xʷ pour des cérémonies collectives, renforçant les liens spirituels et le partage de la sagesse médicinale.

De la terrasse entourant la piscine, on peut y apercevoir le lac avec ses curieuses formes arrondies. C’est un lac sans issue où l’eau de pluie ne peut que s’évaporer révélant des dépôts minéraux colorés. Le paysage est presqu’intact… à part ce mince trait routier blanc qui traverse la vue et cette propriété aménagée au sommet d’une petite colline. Toute cette énergie qui s’est accumulée au fil des siècles de fréquentation transpire encore dans ces longs silences que seul le vent ou le chant de l’oiseau vient moduler. Énergie pour guérir, énergie pour grandir.


Source : britishcolumbiamagazine

À propos de la mante religieuse. Une mante religieuse décide, par un superbe après-midi d’été désertique, de s’intéresser à nous. Très occupés à boire un délicieux vin blanc, nous la remarquons à nos pieds, immobile. Elle nous scrute probablement depuis un bon moment déjà, évaluant notre dangerosité et l’imposante masse de nos corps fluides. Le son de nos voix ne la gêne guère. Toute élégante et élancée, elle se déplace comme une statue qui décide de faire un pas… très très lentement.

Nous jacassons de choses et d’autres sans y porter plus d’attention. Puis, nos regards la retrouvent accrochée sur le côté de notre chaise. La voilà qui progresse jusqu’au sommet et s’y installe confortablement pour participer à ce moment simple avec nous. L’excitation laisse la place à la contemplation… Qu’a-t-elle pensé de nous? 



À propos de cet écosystème. Il fait diablement chaud ici aujourd’hui. Rien à voir avec les chaleurs humides et accablantes de nos canicules québécoises. Ici tout sèche, même la sueur qui ne fait pas long feu sur ma peau. Les collines semi-désertiques qui nous enveloppent en témoignent. La végétation a atteint ses limites ici et se contente d’herbacées, d’arbustes bas et de quelques touffes d’arbres qui ont trouvé dans la profondeur du sol de quoi abreuver leur soif.



Salsifis pâle
Tragopogon dubius

Sauge de Russie
Saliva yangii

Il y a quelque chose de fascinant à admirer la puissance de la vie et de ses nombreuses manifestations qui se sont enracinées dans ce milieu d’apparence si inhospitalier. Les buissons de la grande armoise dominent nettement le paysage et lui procure ce look très far west. À travers ces buissons vert sauge se faufilent de longues herbes roussies et plusieurs plantes graminées.

Dans ce microcosme aride, dès les premières lueurs du matin, on entend le piaillement d’une étonnante variété d’oiseaux (notamment le merle bleu de l’ouest et l’oriole de Bullock), venus d’on ne sait où, et qui virevoltent dans les arbrisseaux et les touffes de sauge de Russie. On y croise également le long des routes de gravier l’emblématique colin de Californie.

Source : Wikipedia

Et lorsque la chaleur du jour s’estompe peu à peu, arrivent les trois cerfs mulets broutants ici et là quelques herbes sèches et, avec un peu de chance, des feuilles encore vertes! Ils sont réglés comme une horloge… venants étancher leur soif dans la petite vasque où j’y mets à chaque jour de l’eau fraîche. Assis comme au cinéma, Sushi et moi se laissons envoûter par ce spectacle tout en douceur qui vient clore une autre journée au paradis!



Commentaires

  1. En te lisant, je me rends compte à quel point je ne connais pas l’ouest de notre pays. Merci Pierre pour ce partage. Claudia ☺️

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